Depuis le 20 novembre 1975 et ce « Espagnoles ! Franco ha muerto ! » qui a rempli de liesse le Pays Basque du Nord au Sud, le cinéma a pu devenir le champ de l’expression d’un peuple dont l’histoire est admise mais pas sa géographie. Après un premier manifeste réalisé en 1968 par le sculpteur Néstor Basterretxea et son compère Fernando Larruquert, « Ama Lur », les nouvelles instances autonomes du Pays Basque sud financent à fonds perdus des productions dont la qualité n’était pas la première vertu, l’important étant de donner à la langue basque une place dans le 7ème art.

Seul à surnager dans cette zarzuela indigeste, Montxo Armendariz devient le porte-drapeau crédible de cette cinématographie à la fin des années 80, sans que, pour autant, aucun de ces films ne soit en basque. Portée par le cinéaste Antton Ezeiza, l’expérience entre 1979 et 1985 des « ikuskas » (les regards), collection de 20 courts métrages en basque sur les aspects intemporels de la culture et de la vie quotidienne au Pays Basque, sera reconnue au début des années 2000 comme la véritable rampe de lancement d’une création cinématographique, qui trouve principalement dans le documentaire un espace de témoignages et de revendications. Devant l’obstacle d’une péninsule ibérique hostile à la version originale et à un Hexagone uniquement attaché aux images d’Epinal, de nombreuses structures indépendantes se montent afin de pouvoir produire et diffuser ces films en langue basque, qui rencontrent un franc succès des écoles d’immersion linguistique (ikastolas) aux bars associatifs (gaztexte). L’organisation d’une journée de programmation réservée aux films basques pendant Zinemaldia, le prestigieux festival international de cinéma de San Sebastian/Donostia, en reste aujourd’hui la vitrine la plus importante. Qu’elle évoque ce passé qui ne passe pas, ou qu’elle traduise une soif jamais rassasiée d’une jeune génération bercée par les exhortations rock du groupe Kortatu, l’expression cinématographique se nourrit également d’un sens très assumé de l’absurde et du décalage, dont la télévision s’est nourri sans parvenir à le contenir. Au bout des poings levés est désormais tenue à bout de bras une caméra vidéo, le Festival Intergalactique de l’image alternative sera le meilleur endroit de l’univers pour s’en rendre compte…

Ramuntxo Garbisu, invité au festival.

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